Mes chiens
Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours eu un chien.
Et l'âge venant, je me dis souvent que plus je vois les hommes, plus j'aime les chiens...
Teddy, le vétéran de 1940...
Le tout
premier était un vieux bâtard. Il s'appelait Teddy. Il avait presque 17
ans quand il est mort, au début des années 50. Moi, j'avais trois ou quatre
ans. Et pourtant, je m'en souviens encore. Je m'accrochais à lui pour apprendre
à marcher...
Ce chien avait connu la guerre. Celle de 40. Il était même parti en évacuation avec ma maman, mes grands-parents et quelques voisins qui avaient quitté Gembloux devant les troupes allemandes. Il a même été mitraillé par des Stukas de la Luftwaffe. L'épopée s'est terminée à la frontière française. Ce bon vieux Teddy a été le seul chien du quartier à revenir et à survivre à la guerre.
Ronny, le chien de mon enfance...
Ronny,
un bâtard noir et blanc, l'a suivi assez vite. C'était un cadeau de mon
Parrain. C'était le merveilleux copain de mes jeux et de mes secrets d'enfant.
Souvent, je partageais sa niche au grand dam de ma maman.
Un jour, Ronny à disparu. Mon papa l'a recherché dans tout le quartier. Mais sans succès. Finalement, nous avons retrouvé mon pauvre chien couché entre les rails du chemin fer qui passe au bout du jardin. Un train à vapeur l'avait tué...
Dicky, lâchement assassiné...
Maman avait décrété qu'il n'y aurait plus de chien à la maison.
Pourtant,
par un pluvieux soir d'hiver, Papa et moi, nous sommes rentrés à la maison
avec une petite boule de poils noirs et blancs qui se serrait sous mon blouson.
C'était Dicky. Il avait tout juste deux mois. Lui aussi a partagé mes jeux d'enfants, mais surtout mes secrets et mes émois de jeune adolescent sans jamais les trahir.
Heureuse époque! Les voitures n'étaient pas encore très nombreuses dans
les rues de notre vieux quartier de la Vote et du Culot. Les chiens se
promenaient en liberté. Et personne n'y trouvait à redire. Dicky ne
dérogeait pas à la règle. Il a donc semé une nombreuse progéniture
dans le voisinage. Il lui arrivait de découcher pour rester près de sa belle
du moment. Nous ne nous sommes donc pas inquiétés quand un soir de printemps,
il n'est pas rentré. Le lendemain, je suis parti à sa recherche. Et le
lendemain encore. Et le lendemain encore. Sans succès.
Mon copain n'est jamais revenu...
Mais dans une petite ville tout se sait un jour. Deux ans plus tard, j'ai appris que mon chien avait été lâchement tué d'un coup de carabine. On l'avait pris pour un autre qui lui ressemblait et qui avait causé quelques dégâts dans un jardin...
La vie d'un chien contre celle de quelques salades...
Coïncidence - ou justice divine - le tueur est mort un peu après dans un accident de moto...
Ann, mon cocker doré adoré...
Pendant les trois ou quatre ans qui ont suivi, le jeune homme que j'étais devenu avait d'autres choses à faire que de s'occuper de chiens...
Ce n'est donc qu'après mon mariage que l'envie d'avoir à nouveau un chien s'est remise à me travailler... Mais ma jeune épouse avait décrété Si un chien entre dans la maison, moi je pars... Les femmes ont parfois de drôles d'idées.
Mais, un vendredi soir de 1974, dans un restaurant où nous avions nos habitudes, elle a littéralement craqué devant deux cockers dorés... Comment ne pas succomber à ses irrésistibles clowns... Le lendemain, Ann entrait à la maison. Elle avait six ou sept semaines...
Mon cocker est rapidement devenu la mascotte de mon club de radioamateurs. Elle a aussi beaucoup voyagé: Danemark, Allemagne, Autriche, Provence... Elle adorait passer la tête par la fenêtre de ma Deux Chevaux, aboyant joyeusement lorsque nous dépassions un véhicule encore plus lent que nous...
Le cocker est un chien très intelligent. Mais il est aussi très têtu. C'est, je crois, le seul chien qui parvient à dresser son maître... Il sait très bien ce que vous lui voulez, mais a décidé qu'il n'obéirait pas... Alors de guerre lasse, on abandonne... Et c'est le moment qu'il choisit pour faire ce que vous lui avez demandé. Mais comment lui en vouloir. Il est si adorable.
Grâce à Ann,
j'ai été père pour la première fois... En 1978, un an avant la naissance
de ma vraie fille Catherine, Ann a donné naissance à huit petits
cockers, dont cinq ont survécu. Quelle aventure! Comme une piqûre
malencontreuse d'hormones lui avait coupé le lait, j'ai dû nourrir la
nichée au biberon huit fois par jour..
Ann fut le premier chien de ma vie d'homme adulte. Ce fut le premier chien de ma fille Catherine. Ce fut aussi le chien de mon divorce. Celui qui m'attendait patiemment dans la maison vide et fut le confident de mes joies, de mes espoirs et de mes peines...
Un soir de novembre 1988, je l'ai trouvée couchée dans la cuisine. Elle avait eu la force de se traîner là. Elle était bien mal en point. Elle m'avait attendu pour mourir. Juste avant de partir, elle a levé péniblement sa tête vers moi et m'a lancé un dernier regard d'amour véritable...
Cathy et moi l'avons enterrée dans le jardin.
Ce matin la, le ciel pleurait des larmes de pluie...
Mouchy, rien qu'un chien... mais MON chien...
En juin 1989, ma vie a croisé celui qui allait devenir le plus formidable des compagnons à quatre pattes: Mouchy, un batard Malinois. C'était au refuge de Sans Collier, sur la route nationale 4, à Chastre. Il avait une dizaine de mois.
Mouchy n'était pas bien grand. Mais il débordait de tendresse et d'affection. Il avait été abandonné par son maître précédent parce qu'il "faisait des bêtises". On trouve toujours une mauvaise excuse dans ces cas là...
Et notre vie commune, qui allait durer 13 ans, débuta effectivement par une
grosse bêtise. Entraîné par un chien du voisinage, Mouchy avait fait
un trou dans le grillage et était parti se promener sur la route nationale. Une
voiture n'a pas pu l'éviter. Bilan: l'avant de la voiture démoli et de
sérieuses contusions
pour
l'animal... Heureusement, mon chien était vivant... Cela lui vaudra un chenil
quatre étoiles où il ira, l'âge aidant, de moins en souvent préférant les
fauteuils du salon... Aujourd'hui, les herbes folles envahissent le chenil...
Mouchy me suivait partout. Il adopta aussi rapidement Marie-Anne qui fit son entrée dans notre vie. Mouchy est devenu Bébé...
Personne n'aurait osé franchir la barrière du jardin s'il ne connaissait pas Mouchy... Pourtant, il n'avait pas une once de méchanceté et, une fois la barrière franchie, il faisait la fête à l'intrus.
Mouchy se déchaînait surtout sur Freddy, notre facteur (un copain d'école). Chaque jour, le chien était le vainqueur du combat car le facteur s'enfuyait... après avoir déposé le courrier dans la boîte aux lettres... Nous avons vu un facteur de remplacement arrêter la voiture postale au bout de la rue et s'y reprendre à deux fois pour tenter de déposer subrepticement le courrier lorsque notre chien avait le dos tourné...
Mouchy aussi a été de tous nos voyages. Il adorait la voiture. Mais lorsque nous sommes allés en Suède et en Amérique du Nord, la (brève) séparation a été aussi dure pour lui que pour nous. Mais lors des retrouvailles que de marques d'affection...
En septembre 2001, il a commencé à maigrir. Une prise de sang n'a rien révélé de précis. Il est devenu de plus en plus maigre et, un soir de décembre, j'ai dû prendre la décision de l'aider à faire le grand voyage.
Il est mort dans mes bras...
Il avait treize ans... Ce n'était qu'un chien... mais c'était MON chien... Je n'ai pas honte de dire que ce soir là, j'ai pleuré...

Valy (Valentine)
Mon dernier chien est Valy.
Un Berger belge Tervueren femelle.
Voyez son histoire sur sa page.